On pourrait croire que la solution est devant nous.
Assez d’énergie, assez de calcul, assez de savoir pour enfin soigner ce qui reste vivant sur cette planète — les sols, les océans, les corps, l’air qu’on respire.
Mais il y a un problème antérieur à tout problème technique.
L’autorité, à chaque âge, s’est construite sur la même chose : la capacité à extraire de la valeur du monde. La matière, pour l’âge du Fer. La force, pour l’âge du Moteur. L’énergie et l’information, pour l’âge nucléotronique.(1945_2020/2025)
Jamais la capacité à le préserver.
L’économie, elle aussi, dit s’occuper du vivant. Elle parle de ressources naturelles, de capital humain, de services écosystémiques.
Mais s’occuper d’une chose comme d’une ressource, et s’occuper d’une chose comme d’une fin en soi, ce n’est pas la même attention.
L’une la mesure, la valorise, l’optimise.
L’autre la protège, même quand ça ne rapporte rien.
L’âge noosphérique ne fait pas exception. Le pouvoir qui s’y construit — données, attention, algorithmes — suit la même logique que les âges précédents : on ne prend pas soin de l’attention humaine, on l’exploite. On ne prend pas soin des données personnelles, on les capte.
Alors la question n’est plus seulement technique.
Elle n’est plus « avons-nous assez d’énergie, de cuivre, de calcul pour sauver ce qui doit l’être ? »
Elle devient : peut-on fonder une autorité sur autre chose que l’extraction ?
Et si la réponse est non, le nœud ne se dénoue pas.
Il se resserre.